C’est le genre de révélation qu’on fait habituellement trop tard, une fois que la vie a brisé les liens.
Ce texte, je pensais le publier sur LinkedIn uniquement. Il aurait eu la vie d’un post LinkedIn : quelques jours, puis les limbes.
Cette scène de vie, qui m’a touché et que je vous partage, mérite mieux que ça. Je la verse ici. Pour qu’elle reste.
Il y a des soirées qui valent toutes les richesses du monde.
Un soir de cette semaine, j’avais un quota de marche à remplir. J’ai embarqué mon fils cadet.
Détour par le pub. Un diabolo, une Guinness.
Un ami, qu’il connaît également, m’avait contacté pour un conseil. Mon fils a les compétences pour y répondre. C’est pour ça que je lui avais transmis le mail, pour qu’on échange et qu’il me dise comment il voyait les choses. Il a bien analysé la situation. Bon instinct.
Puis je lui ai montré comment je lisais la même demande. Pas juste la question posée. Tout ce que j’y voyais. Les signaux faibles. Ce qui en découlait techniquement, stratégiquement, commercialement. Le cheminement complet depuis quelques lignes de brief. Un exemple pour lui montrer une vision plus globale.
Puis on a aussi parlé de la création de Wefficient, du réseautage de l’époque, du genre de missions que je faisais. Et c’est là qu’a resurgi une vieille histoire.
En janvier 2000, le Groupe Lagardère avait lancé une grande campagne de communication pour l’an 2000. 21 jeunes à haut potentiel interrogés sur leur vision, leur domaine, leurs convictions, au travers d’un questionnaire de Proust revisité. La campagne avait fait les grandes pages des journaux de l’époque. J’en faisais partie. J’avais 25 ans.
On m’avait demandé quelle était la principale question éthique du moment.
Ma réponse : le respect de la vie privée sur les réseaux d’information et les bases de données.
Et j’avais ajouté : « Nous, marketeurs, nous nous insurgeons contre des pratiques insupportables comme le spam, qui veulent que l’on arrose les gens de publicité sans discernement. »
En 2000.
Mon fils a essayé de retrouver le document en ligne. Rien, nada. C’est vieux mais pas préhistorique quand même ! Je suis parti fouiller de vieux NAS, où j’ai trouvé d’autres anciennes pépites au passage. Et au matin, je pouvais lui partager les vestiges que j’avais retrouvés.
Il a vu l’interview, amusé de voir son père aussi jeune. Puis il a souri en lisant le texte. Il a ensuite voulu lire les premiers articles de Snipemail, le best-of, la page qui expliquait tout ce que son père avait anticipé avant tout le monde.
Il a fait le lien tout seul. En une phrase, il a tout résumé : « En fait, t’as toujours été comme ça. »
Dans ma famille, on a toujours essayé d’inculquer aux enfants l’importance d’être juste, d’être droit, d’être parfois le bouclier des plus faibles. Ce soir-là, il voyait d’où ça venait. Que ce n’était pas que des mots. Que ça se traduisait dans les actes, dans le travail, année après année.
C’est toujours émouvant de lire de la fierté dans les yeux de son fils. Le genre de moment dont on se souvient longtemps.
Vous avez vous aussi eu ces moments-là, avec vos enfants devenus grands ? Ces soirées dont on ressort fiers d’être un bon exemple pour ceux pour qui on compte ?
J’ai rendu sa visibilité à une page d’histoire exhumée. Je me demande si les autres talents en avaient gardé une copie. Peut-être que ça leur ferait plaisir, à eux aussi, de retrouver leur moi du passé.
Le document complet : 21 talents pour le XXIème siècle – Ce que ce regard sur le long terme a produit : Ce que Snipemail a vu venir
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